BERLIN: les étrangers en Allemagne

En 2011, près d’un Allemand sur cinq et un nouveau-né sur trois est issu de l’immigration. Turcs, Polonais, Russes mais aussi Italiens, Grecs ou Croates : les parents sont souvent venus en Allemagne pour travailler. Ils n’ont jamais pris leur billet de retour. Ils ont eu des enfants, qui ont grandi entre deux cultures. Et la société a peu ou prou oublié leur présence.Cependant, un demi-siècle après l’arrivée des Gastarbeiter, ces « travailleurs invités » qui ont contribué au « miracle économique » dans les années 1960, l’Allemagne est en train de prendre conscience qu’elle est devenue un « pays d’immigration ».  Le processus est parfois douloureux, comme en témoigne le succès, en 2010, du livre de l’ancien banquier central Thilo-Sarrazin, Deutschland schafft sich ab. Il requiert également une capacité d’autocritique : en 2010, la chancelière Angela Merkel, reconnaissait ainsi que le multiculturalisme, en vogue outre-Rhin dans les années 1980 et 1990, avait échoué. Enfin, il exige d’apprendre à composer avec l’altérité, sur le plan culturel mais aussi religieux : l’Allemagne compte aujourd’hui quelque 3,5 millions de musulmans.

En dépit des difficultés, toutefois, les choses bougent en vue de favoriser une meilleure reconnaissance et une meilleure intégration des personnes issues de l’immigration. Après avoir réformé, en 2000, son code de la nationalité, l’Allemagne a adopté en 2005 une nouvelle loi sur l’immigration. Elle met l’accent sur la maîtrise de la langue et sur la connaissance de la vie en Allemagne, via des « cours d’intégration ».

Enfin, en 2007, un « Plan national pour l’intégration » a été lancé. Riche de 400 mesures, il repose sur une vaste mobilisation de toute la société civile. Et sur une idée centrale : l’intégration est un processus qui demande à la fois des efforts de la part des immigrés et une capacité d’accueil de la part de la société allemande.

Des Gastarbeiter à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée

Alors que faire ? Voilà plusieurs années que responsables politiques et entrepreneurs envisagent ouvertement le recours à une immigration contrôlée. L’objectif : attirer en Allemagne des ingénieurs, médecins, informaticiens et spécialistes venus du monde entier pour soutenir la croissance et la santé des systèmes de protection sociale. Le problème n’est pas propre à l’Allemagne. Une « carte bleue » européenne, inspirée de la « carte verte » américaine, est en passe de voir le jour. À Berlin, le gouvernement a présenté fin juin 2011 un plan de lutte contre la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Il prévoit, entre autres, de faciliter le travail des étrangers qualifiés en Allemagne.

 

Ce recours à l’immigration de travail n’est pas une première outre-Rhin. De 1955 à 1973, la République fédérale a fait appel à 2,6 millions de « travailleurs invités » (les fameux Gastarbeiter) pour soutenir sa reconstruction. Ils arrivèrent d’abord d’Italie, d’Espagne, voire de Grèce puis, à partir de 1960, de Turquie, du Portugal, du Maroc et de Tunisie, sur la base d’accords bilatéraux signés directement avec ces pays. De l’autre côté du mur, la RDA faisait appel à des travailleurs venus de Pologne, de Hongrie, du Mozambique, du Vietnam, de Cuba ou encore d’Angola.

 

La vie de ces Gastarbeiter n’était pas aisée. La plupart du temps non qualifiés, ils parlaient peu l’allemand et exerçaient les métiers désertés par les Allemands. Mais leur contribution à la croissance de l’économie allemande a été importante : des économistes ont calculé qu’elle avait correspondu à un point de produit intérieur brut (PIB), soit quelque 20 milliards d’euros, par an. Pourtant, lorsque la crise économique survint au début des années 1970, ils furent les premiers à être licenciés. Et l’Allemagne mit fin au recrutement de Gastarbeiter.

Pénalisés sur le marché de l’emploi

Quarante ans plus tard, leurs enfants et petits-enfants ont pris la relève. Mais qu’en est-il de leur intégration professionnelle, à l’heure où l’on parle à nouveau de recourir à l’immigration ? La situation est mitigée. Selon l’office allemand des statistiques, Destatis, le taux de chômage des personnes issues de l’immigration (11,5 %) demeurait en 2010 deux fois plus élevé que celui des Allemands de souche (5,8 %). La précarité de l’emploi est également plus fréquente chez les premiers (11,3 % contre 6,8 %), et ils sont plus nombreux à créer leur propre entreprise. Sans doute en partie pour échapper au chômage. Enfin, il y a moins d’employés et de fonctionnaires chez les personnes issues de l’immigration, mais nettement plus d’ouvriers (39,5 % contre 22,3 % chez les Allemands de souche).

 

Cette situation est le résultat d’une prise de conscience tardive. Pendant des décennies, l’Allemagne a oublié la présence de ses Gastarbeiter et de leurs endants, et fermé les yeux sur une réalité : elle était devenue un pays d’immigration. Mais depuis les années 2000, les choses ont commencé à changer. La politique d’intégration est ainsi devenue l’une des priorités de l’action gouvernementale.

Mesures

Parmi les mesures phares figurent l’élaboration et la mise en œuvre, depuis 2007, d’un vaste Plan national pour l’intégration. Il réunit 400 engagements visant à actionner les leviers de l’intégration à tous les niveaux. L’insertion professionnelle et la promotion de l’égalité des chances comptent, bien entendu, parmi ses éléments clés. Ainsi, Berlin a embauché 3 000 « parrains éducatifs » pour aider les enfants issus de l’immigration à réussir leur scolarité, puis leur formation. Il a institué des filières de la « deuxième chance ». Il a développé un soutien linguistique précoce pour les enfants de familles étrangères (la mauvaise maîtrise de l’allemand est la principale cause d’échec scolaire et professionnel). Enfin, Berlin a mis en place une série d’instruments de mesure chiffrés pour garantir un suivi objectif de l’impact de toutes ces mesures.

 

 

 

Au-delà, le gouvernement a également pressé les entreprises de changer leur regard sur l’immigration. Partout, il a cherché à faire passer ce message : la diversité est une chance à saisir. Dans cet esprit, il s’est inspiré du modèle francais de « charte pour la diversité ». À ce jour, près de 870 entreprises allemandes ont signé une charte similaire, qui prévoit de favoriser l’équité entre les salariés. Elles emploient au total près de 4,6 millions de personnes.

Ces mesures permettront-elles d’intégrer de nouvelles personnes au cours des prochaines années ? Une chose est sûre : contrairement aux années 1960, les dirigeants actuels ont à l’esprit le problème de l’intégration lorsqu’ils projettent de recourir à l’immigration contrôlée. Leur principal souci, pour l’heure, est donc de faciliter l’emploi en Allemagne de personnes qualifiées. Dans cette perspective que le gouvernement allemand a fait passé, en septembre 2011, une nouvelle loi qui améliore la reconnaissance des diplômes et des qualifications obtenus à l’étranger.

 

Plus d’information aqui:  CIDAL y aqui

 

 

 

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